La Coordination
nationale des Sans Papiers s'oppose avec fermeté à la solution "cas par
cas" proposée par les autorités fédérales
Présentation du projet de circulaire
Le 14 novembre 2001, le Département fédéral de justice
et police (DFJP), sous la signature de sa Cheffe, Mme Ruth METZLER-ARNOLD, a mis
en consultation auprès des cantons un projet de circulaire sur la pratique des autorités fédérales concernant la réglementation
du séjour des étrangers clandestins (sans-papiers) au regard des cas
personnels d'extrême gravité.
A noter que le mouvement des Sans Papiers a été tenu
complètement à l'écart de cette consultation, alors qu'il est un acteur
essentiel sur cette question.
Ce projet se veut une réponse à la demande exprimée
depuis plus de 6 mois par le mouvement national des Sans Papiers, soit la régularisation
collective. En réalité, il s'agit d'un simple rappel de la pratique fédérale
suivie jusqu'à aujourd'hui.
Cette pratique est ancrée d'une part sur l'exception aux
mesures de limitation que permet l'article 13 lettre f de l'ordonnance limitant
le nombre des étrangers (OLE), et d'autre part l'article 44 de la Loi sur
l'asile (pour les personnes qui ont déposé une demande d'asile). Le projet de
circulaire décrit avec précision les très nombreux critères qui doivent être
remplis, en renvoyant notamment à la pratique du Tribunal fédéral: durée du
séjour (en principe, seul un séjour de plus de 4 ans peut être pris en
compte), intégration, problèmes de santé, présence de la famille, âge des
enfants, scolarité, etc. etc. Chaque dossier doit faire l'objet d'une analyse
approfondie de la part de l'Office fédéral des étrangers comme des autorités
cantonales qui doivent donner leur accord.
La seule "ouverture" du projet de circulaire réside
dans le fait que les cantons seraient autorisés à présenter des dossiers de
demandeurs d'asile déboutés. En effet, il est aujourd'hui exclu que, pour une
personne "hors procédure", le canton puisse demander qu'un permis
humanitaire lui soit accordé.
Il faut encore noter que la
législation prévoit une inégalité entre étrangers sans papiers et déboutés
du droit d'asile. En effet, ces derniers ne peuvent espérer qu'une admission
provisoire, alors que les premiers, si leur cas est accepté, reçoivent un
permis B.
Position de la Coordination nationale du
mouvement des Sans Papiers
D'une manière générale, on voit mal comment une
circulaire se bornant à rappeler la pratique actuelle pourrait constituer une réponse
satisfaisante à la situation des Sans Papiers.
En effet, ce sont les lois actuelles et leur application
par les autorités cantonales et fédérales qui fabriquent les Sans Papiers. La
prétendue "solution du cas par cas" est appliquée depuis des années
et elle n'a jamais permis une véritable régularisation des centaines de
milliers de personnes que la législation discriminatoire a illégalisées.
D'autre part, il est évident que l'analyse approfondie
des innombrables critères rappelés par le projet de circulaire entraîne des
procédures interminables. Ce n'est pas en appliquant de manière tatillonne une
législation tatillonne qu'on pourra véritablement régler la question des Sans
Papiers.
Il est d'ailleurs choquant que l'on prétende régulariser
la situation des déboutés du droit d'asile en leur accordant une admission
provisoire. Ce statut reste très précaire et assorti d'importantes
limitations: grandes difficultés pour changer de canton, quasi impossibilité
de voyager légalement hors de Suisse. Ceci crée une inégalité flagrante
entre étrangers, que rien ne justifie!
Il faut également relever l'hypocrisie du DFJP: Mme
METZLER se réfugie derrière la pratique du Tribunal fédéral pour justifier
la rigueur de sa circulaire. Ce qu'elle omet de dire, c'est que cette pratique
des juges fédéraux est précisément due ... à l'extrême rigueur de la loi,
plus précisément de l'article 13 lettre f OLE! Mais ce n'est pas tout: cette
ordonnance, qui ne donne aux autorités administratives ou judiciaires qu'une
marge de manoeuvre ridiculement étroite, est de la compétence ... du Conseil fédéral!
Autrement dit, le gouvernement suisse a tout pouvoir
d'adopter une ordonnance permettant de régulariser collectivement les Sans
Papiers.
Il s'agit avant tout d'une décision politique
L'approche
excessivement juridique du Conseil fédéral n'est donc qu'un manière d'éviter le débat
posé par les Sans Papiers et de maintenir des centaines de milliers de
personnes dans des situations d'exploitation et d'oppression extrêmes.
Enfin, pour juger du caractère réaliste ou non de la
proposition de Mme METZLER, il suffit d'observer ce qui s'est effectivement passé
durant les derniers mois. En effet, les cantons de Vaud, Fribourg et Neuchâtel
ont proposé quelques dizaines de dossiers pour octroi de permis humanitaires.
La plupart de ces demandes cantonales sont restées sans réponse à ce jour,
soit depuis plus de 6 mois. On voit donc que la "solution au cas par
cas" n'en est pas une, car elle ne débouche pas sur des décisions rapides
de régularisation. Garder des personnes en suspens pendant des mois alors
qu'elles séjournent en Suisse et ont largement droit à une autorisation de séjour
s'apparente à un traitement inhumain!
Qui plus est, des situations qui entrent entièrement dans
les critères énumérés par le projet de circulaire ne sont pas acceptées par
les autorités fédérales. Parfois, elles sont traitées de manière complètement
différente d'un canton à l'autre.
C'est assez dire si la "solution au cas par cas"
défendue par Mme METZLER est à la fois totalement inefficace et
scandaleusement discriminatoire.
Face à cela, les
Sans Papiers maintiennent leur revendication de régularisation collective, à
l'instar de ce qui a été pratiqué dans la plupart des pays européens. Elle
représente la seule solution réaliste permettant de redonner justice et dignité
à ces personnes.
Enfin, pour assurer à chacun et chacune de pouvoir mener
une vie humainement digne en Suisse, il est indispensable d'offrir une
protection étatique des droits fondamentaux sans restriction ni discrimination,
tels qu'ancrés dans la Charte Sociale Européenne, dans les Pactes des Nations
Unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ou relatifs aux
droits civils et politiques.
Adopté à Berne,
lors de la séance de la Coordination nationale du 1er décembre 2001.
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